{"id":271,"date":"2019-01-04T10:04:28","date_gmt":"2019-01-04T09:04:28","guid":{"rendered":"http:\/\/teullet-avocat.fr\/?p=271"},"modified":"2019-08-19T10:07:05","modified_gmt":"2019-08-19T08:07:05","slug":"le-bareme-macron-ecarte-par-le-conseil-des-prudhommes-de-troyes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/teullet-avocat.fr\/?p=271","title":{"rendered":"Le \u00ab bar\u00e8me Macron \u00bb \u00e9cart\u00e9 par le Conseil des Prud\u2019hommes de Troyes."},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le plafonnement des indemnit\u00e9s prud\u2019homales, introduit par\n le bar\u00e8me fix\u00e9 \u00e0 l\u2019article L.1235-3 du code du travail, est jug\u00e9 \ninconventionnel par jugements du 13 d\u00e9cembre 2018 par le Conseil de \nPrud\u2019hommes de Troyes, en ce qu\u2019il viole la Charte sociale europ\u00e9enne et\n la Convention n\u00b0158 de l\u2019OIT.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4>I. G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s.<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019ordonnance n\u00b0&nbsp;2017-1387 du 22 septembre 2017, relative \u00e0 la \npr\u00e9visibilit\u00e9 et la s\u00e9curisation des relations de travail, a modifi\u00e9 \nl\u2019article L.1235-3 du code du travail afin d\u2019introduire un plafonnement \ndes indemnit\u00e9s prud\u2019homales vers\u00e9es \u00e0 un salari\u00e9 en cas de licenciement \njug\u00e9 sans cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Existe donc d\u00e9sormais un bar\u00e8me compris entre un minimum et un \nmaximum obligatoires, selon que l\u2019entreprise compte plus ou moins de 11 \nsalari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif affich\u00e9 \u00e9tait double&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li> permettre \u00e0 l\u2019employeur de pouvoir chiffrer le co\u00fbt \u00e9ventuel en cas de litige,<\/li><li> r\u00e9duire le nombre des contentieux.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Force est de constater que ces objectifs sont r\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, c\u2019\u00e9tait sans compter sur le fait que ce bar\u00e8me fait \ntotalement fi des situations individuelles, tant du point de vue du \nsalari\u00e9, que de l\u2019employeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est le droit international qui vient rappeler le principe selon \nlequel les travailleurs licenci\u00e9s sans motif valable ont le droit \u00e0 une \nindemnisation ad\u00e9quate.<\/p>\n\n\n\n<h4>II. Sur le contr\u00f4le de conventionnalit\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<p>Le Conseil de prud\u2019hommes de Troyes a clairement op\u00e9r\u00e9 un contr\u00f4le de\n conventionnalit\u00e9 afin d\u2019\u00e9carter l\u2019article L.1235-3 du code du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi il \u00e9nonce que \u00ab&nbsp;<em>si le Conseil Constitutionnel est comp\u00e9tent \npour contr\u00f4ler la conformit\u00e9 des lois \u00e0 la Constitution, le contr\u00f4le de \nconformit\u00e9 des lois par rapport aux conventions internationales \nappartient aux juridictions ordinaires sous le contr\u00f4le de la Cour de \nCassation et du Conseil d\u2019\u00c9tat<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il juge, sans d\u00e9tour, que l\u2019article L.1235-3 du code du travail viole\n tant l\u2019article 24 de la Charte sociale europ\u00e9enne du 3 mai 1996, que \nl\u2019article 10 de la Convention n\u00b0158 concernant la cessation de la \nrelation de travail \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019employeur de l\u2019Organisation \ninternationale du travail du 22 juin 1982. Et ce apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 \nleur effet direct, et expos\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation donn\u00e9e de l\u2019article 24 de \nla Charte par le Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux dans sa d\u00e9cision du 8\n septembre 2016.&nbsp;[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nb1\">1<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>Pour m\u00e9moire, l\u2019article 10 de la Convention n\u00b0158 de l\u2019OIT dispose&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si\n les organismes mentionn\u00e9s \u00e0 l\u2019article 8 de la pr\u00e9sente convention \narrivent \u00e0 la conclusion que le licenciement est injustifi\u00e9, et si, \ncompte tenu de la l\u00e9gislation et de la pratique nationales, ils n\u2019ont \npas le pouvoir ou n\u2019estiment pas possible dans les circonstances \nd\u2019annuler le licenciement et\/ou d\u2019ordonner ou de proposer la \nr\u00e9int\u00e9gration du travailleur, ils devront \u00eatre habilit\u00e9s \u00e0 ordonner le \nversement d\u2019une indemnit\u00e9 ad\u00e9quate ou toute autre forme de r\u00e9paration \nconsid\u00e9r\u00e9e comme appropri\u00e9e<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019article 24 de la Charte sociale europ\u00e9enne pr\u00e9voit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em> En vue d\u2019assurer l\u2019exercice effectif du droit \u00e0 la protection en cas de licenciement, les Parties s\u2019engagent \u00e0 reconna\u00eetre&nbsp;:<br>a.\n le droit des travailleurs \u00e0 ne pas \u00eatre licenci\u00e9s sans motif valable \nli\u00e9 \u00e0 leur aptitude ou conduite, ou fond\u00e9 sur les n\u00e9cessit\u00e9s de \nfonctionnement de l\u2019entreprise, de l\u2019\u00e9tablissement ou du service&nbsp;; <br>b. le droit des travailleurs licenci\u00e9s sans motif valable \u00e0 une indemnit\u00e9 ad\u00e9quate ou \u00e0 une autre r\u00e9paration appropri\u00e9e. <br>A\n cette fin les Parties s\u2019engagent \u00e0 assurer qu\u2019un travailleur qui estime\n avoir fait l\u2019objet d\u2019une mesure de licenciement sans motif valable ait \nun droit de recours contre cette mesure devant un organe impartial.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision du Conseil de prud\u2019hommes de Troyes est particuli\u00e8rement motiv\u00e9e, m\u00eame si elle demeure critiquable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Conseil de prud\u2019hommes de Troyes juge, souverainement, que le \nbar\u00e8me arr\u00eat\u00e9 par l\u2019article L.1235-3 du code du travail viole les \ndispositions conventionnelles pr\u00e9cit\u00e9es pour deux raisons.<\/p>\n\n\n\n<p>En premier lieu, le Conseil juge que ce bar\u00e8me \u00ab&nbsp;<em>ne permet pas aux\n juges d\u2019appr\u00e9cier les situations individuelles des salari\u00e9s injustement\n licenci\u00e9s dans leur globalit\u00e9 et de r\u00e9parer de mani\u00e8re juste le \npr\u00e9judice qu\u2019ils ont subi<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En second lieu, le Conseil juge que le bar\u00e8me n\u2019est pas \u00ab&nbsp;<em>dissuasif pour les employeur qui souhaiteraient licencier sans cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse un salari\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Pire, il juge que le bar\u00e8me \u00ab&nbsp;<em>s\u00e9curise davantage les fautifs que les victimes<\/em>&nbsp;\u00bb et est donc in\u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est int\u00e9ressant de souligner que si le Conseil de prud\u2019hommes de \nTROYES rel\u00e8ve le caract\u00e8re particuli\u00e8rement favorable dudit bar\u00e8me pour \nl\u2019employeur, il note, principalement, le fait qu\u2019il prive le juge de \npouvoir appr\u00e9cier souverainement les situations individuelles et \nd\u2019indemniser en ad\u00e9quation les salari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9l\u00e9ment qui emporte, de son point de vue, la censure de l\u2019article L.1235-3 du code du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019analyse retenue par le Conseil de prud\u2019hommes de Troyes pourrait \u00eatre remise en cause.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, et notamment, le Conseil s\u2019appuie sur le pr\u00e9c\u00e9dent d\u00e9gag\u00e9 \npar le Comit\u00e9 europ\u00e9en des droits sociaux pour \u00e9tablir qu\u2019un plafond \n\u00e9tablit \u00e0 24 mois de salaire, circonstances de l\u2019esp\u00e8ce soumis au Comit\u00e9\n concernant la l\u00e9gislation finlandaise, viole l\u2019article 24 de la Charte \nsociale europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ce Comit\u00e9 n\u2019est pas une juridiction, et en outre, la l\u00e9gislation fran\u00e7aise est tr\u00e8s diff\u00e9rente du droit finlandais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le droit finlandais ne permet pas, par exemple, la r\u00e9int\u00e9gration du \nsalari\u00e9, ou encore la non-application du bar\u00e8me en cas de licenciement \nnul comme c\u2019est le cas en droit fran\u00e7ais. L\u2019indemnit\u00e9 fix\u00e9e entre 3 et \n24 mois de salaire est applicable \u00e0 toute hypoth\u00e8se, m\u00eame les plus \ngraves, et aucune autre action n\u2019est possible, notamment sur le \nfondement de la responsabilit\u00e9 civile, pour qu\u2019un salari\u00e9 soit indemnis\u00e9\n de son entier pr\u00e9judice.<\/p>\n\n\n\n<h4>III. Sur l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 du bar\u00e8me Macron.<\/h4>\n\n\n\n<p>Pourtant, c\u2019est la premi\u00e8re fois que le plafonnement limitatif \ninstaur\u00e9 par l\u2019article L.1235-3 du code du travail est remis en cause et\n \u00e9cart\u00e9 par les juges.<\/p>\n\n\n\n<p>A cette occasion, on rappellera l\u2019ordonnance du 7 d\u00e9cembre 2017 rendu par le Conseil d\u2019\u00c9tat&nbsp;[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nb2\">2<\/a>] qui a jug\u00e9 que le plafonnement des indemnit\u00e9s prud\u2019homales n\u2019est pas contraire \u00e0 l\u2019article 24 de la Charte sociale europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e9galement la d\u00e9cision du Conseil de prud\u2019hommes du Mans du 29 septembre 2018&nbsp;[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nb3\">3<\/a>],\n pour sa part, que l\u2019article L.1235-3 du code du travail respectait \nl\u2019article 10 de la convention n\u00b0158 de l\u2019OIT du 22 juin 1982.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019ensuit, alors, une v\u00e9ritable ins\u00e9curit\u00e9 juridique pour l\u2019employeur.<\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la d\u00e9cision du Conseil de prud\u2019hommes de Troyes a eu \npour effet d\u2019allouer \u00e0 un salari\u00e9, qui comptait 3 ann\u00e9es d\u2019anciennet\u00e9, \nune indemnit\u00e9 \u00e9quivalente \u00e0 9 mois de salaire alors que selon le bar\u00e8me \n\u00ab&nbsp;Macron&nbsp;\u00bb, il ne pouvait pr\u00e9tendre qu\u2019\u00e0 4 mois de salaire maximum.<\/p>\n\n\n\n<p>De sorte qu\u2019il sera int\u00e9ressant de voir trancher cette question par une cour d\u2019appel et, in fine, la Cour de cassation.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant plus int\u00e9ressant que par communiqu\u00e9 de presse en date du 20  d\u00e9cembre 2018, le Conseil de prud\u2019hommes de Troyes avait jug\u00e9 n\u00e9cessaire  de r\u00e9affirmer son pouvoir juridictionnel face aux propos qu\u2019aurait tenu  le Minist\u00e8re du Travail et publi\u00e9s le 14 d\u00e9cembre 2018 dans un article  du journal Le Monde.         <\/p>\n\n\n\n<p>Marie TEULLET  Docteur en droit Avocat \u00e0 la Cour teullet.avocat@gmail.com          <\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nh1\">1<\/a>]&nbsp;CEDS 8 septembre 2016 n\u00b0&nbsp;106\/2014 Finnish Society Social Rights\/Finlande<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nh2\">2<\/a>]&nbsp;CE ord. 7 d\u00e9cembre 2017, n\u00b0415.243<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"https:\/\/www.village-justice.com\/articles\/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=30334#nh3\">3<\/a>]\u00a0CPH, jugement 29 septembre 2018, n\u00b0F17\/00538<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plafonnement des indemnit\u00e9s prud\u2019homales, introduit par le bar\u00e8me fix\u00e9 \u00e0 l\u2019article L.1235-3 du code du travail, est jug\u00e9 inconventionnel par jugements du 13 d\u00e9cembre 2018 par le Conseil de Prud\u2019hommes de Troyes, en ce qu\u2019il viole la Charte sociale europ\u00e9enne et la Convention n\u00b0158 de l\u2019OIT. 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